Les questions Situation (S) et Problème (P) : poser les fondations

Questions Situation — cartographier le terrain

Définition

Les questions Situation servent à collecter des faits objectifs sur le contexte du prospect : taille de l'équipe, stack technique, processus actuel, métriques clé.

Elles répondent à la question : "Dans quel univers évolue mon prospect ?"

Exemples par secteur

SaaS B2B

  • "Combien d'utilisateurs actifs avez-vous sur votre CRM actuel ?"
  • "Quel est votre cycle de vente moyen en jours ?"
  • "Comment l'équipe sales et marketing partagent-elles les leads ?"

Cabinet de conseil

  • "Combien de missions menez-vous en parallèle en moyenne ?"
  • "Quelle est la part de chiffre d'affaires faite avec vos 3 plus gros clients ?"

E-commerce / DNVB

  • "Quel est votre panier moyen et votre taux de retour produit ?"
  • "Combien d'expéditions traitez-vous par jour en haute saison ?"

Le piège mortel des questions Situation

Erreur n°1 : en poser trop. La recherche de Rackham est sans appel : les commerciaux médiocres posent 2 à 3 fois plus de questions Situation que les top performers.

Pourquoi ? Parce que les questions Situation sont faciles à poser mais pénibles à subir pour le prospect. C'est lui qui fait le travail (de réponse), et vous n'apportez rien en retour.

Règle des 3 : posez maximum 3 questions Situation vraiment essentielles. Le reste, vous le trouvez en amont (LinkedIn, site web, Crunchbase, rapport annuel).

Bon vs. mauvais

❌ Question Situation faible ✅ Question Situation forte
"Quel CRM utilisez-vous ?" (info publique sur leur stack) "Comment décidez-vous qu'un lead est prêt à passer du marketing au sales ?"
"Quelle est la taille de votre équipe ?" (LinkedIn) "Comment se répartissent les responsabilités entre votre VP Sales et votre VP Marketing sur la gestion du pipeline ?"
"Vendez-vous à des PME ou des grands comptes ?" "Quelle proportion de votre revenu vient de vos 20% top clients ?"

Les bonnes questions Situation ouvrent déjà sur des Problèmes parce qu'elles touchent à des zones de tension organisationnelle.


Questions Problème — faire émerger la douleur

Définition

Les questions Problème font émerger une difficulté, une insatisfaction, un risque que le prospect subit déjà.

Elles répondent à : "Quelle est la fissure dans le mur ?"

Différence cruciale Situation vs Problème

Situation : "Combien de leads recevez-vous par mois ?"      (fait neutre)
Problème  : "Combien de ces leads ne sont jamais rappelés ?" (douleur)

La question Problème ouvre une porte émotionnelle. Le prospect ne répond pas avec un chiffre ; il répond avec un soupir.

Les 4 catégories de problèmes à explorer

  1. Problèmes de coût — "Combien dépensez-vous chaque mois en outils que vous n'utilisez pas réellement ?"
  2. Problèmes de temps — "Combien d'heures par semaine votre équipe passe-t-elle à compiler manuellement des rapports ?"
  3. Problèmes de qualité — "À quelle fréquence vos clients vous remontent des erreurs sur les livrables ?"
  4. Problèmes de risque — "Que se passe-t-il si votre seul commercial senior part demain ?"

Le mécanisme psychologique en jeu

Quand on demande au prospect d'identifier un problème, on l'oblige à activer son système 2 (Kahneman) — analytique, lent, conscient. Il sort du pilote automatique.

Et surtout : il commence à se sentir propriétaire du problème. Avant la question, le problème était diffus, ambiant. Après, il est nommé, daté, localisé. Il existe vraiment.

"Un problème non-nommé n'a pas de coût. Un problème nommé exige une décision."

Le bon nombre de questions Problème

À l'inverse des Situation, les top performers en posent 2 à 3 fois plus que les commerciaux médiocres. C'est le cœur du discovery.

Concrètement, sur un call de 45 minutes :

  • 3 questions Situation max
  • 8 à 12 questions Problème
  • 5 à 8 questions Implication (chapitre suivant)
  • 2 à 4 questions Need-payoff (chapitre suivant)

Anti-patterns à éviter

Anti-pattern 1 : Le pitch déguisé en question

❌ "Vous saviez que 80% des entreprises perdent des leads faute de suivi automatisé ?" → Ce n'est pas une question, c'est une pub.

✅ "Comment savez-vous qu'un lead n'a pas été suivi à temps chez vous ?" → Ouvre une réflexion réelle.

Anti-pattern 2 : L'enchaînement mitraillette

❌ "Combien êtes-vous dans l'équipe ? Et votre cycle de vente, c'est combien ? Et votre stack ? Et votre budget ?" → Le prospect se sent interrogé, pas écouté.

✅ Une question, écoute active, reformulation, silence, question suivante.

Anti-pattern 3 : La question fermée binaire

❌ "Êtes-vous satisfait de votre outil actuel ?" → "Oui, tout va bien." (fin)

✅ "Sur une échelle de 1 à 10, comment évalueriez-vous votre satisfaction de votre outil actuel ?" puis "Qu'est-ce qui ferait passer ce 7 à un 9 ?"

Anti-pattern 4 : Le saut prématuré vers la solution

Vous repérez un problème → vous proposez immédiatement votre solution.

Erreur fatale. Le prospect ne ressent pas encore l'urgence. C'est l'étape Implication (chapitre 3) qui crée cette urgence. Si vous sautez, vous obtenez "On va y réfléchir", c'est-à-dire non.


Exercice pratique

Choisissez un produit ou service que vous vendez (ou voulez vendre). Préparez :

  1. 3 questions Situation réellement essentielles (pas trouvables sur LinkedIn)
  2. 5 questions Problème couvrant les 4 catégories (coût, temps, qualité, risque)
  3. Pour chaque question Problème, anticipez 2 réponses probables et préparez la question Implication qui suivra naturellement

Ce travail préparatoire vous demandera 30 minutes la première fois. Au bout de 10 prospects similaires, vous aurez un playbook réutilisable.

Dans le chapitre suivant : Implication et Need-payoff — les deux types de questions qui font basculer le prospect de la curiosité à la décision.