Structurer pour être compris
Une explication claire n'est pas qu'une affaire de mots simples : c'est d'abord une question d'ordre. Le même contenu, réorganisé, peut passer de « confus » à « limpide ». Deux principes guident cette mise en ordre : commencer par la conclusion, et respecter les limites de la mémoire de votre auditeur.
Commencer par la réponse : le principe de la pyramide
Barbara Minto, ancienne consultante chez McKinsey, a formalisé dans The Pyramid Principle une règle contre-intuitive : donnez d'abord la conclusion, puis les arguments qui la soutiennent. Notre instinct nous pousse à raconter le cheminement (« j'ai d'abord regardé ceci, puis cela… ») pour arriver enfin au point. Mais l'auditeur, lui, a besoin du point d'abord pour savoir où ranger ce qui suit.
C'est l'idée du BLUF (Bottom Line Up Front), hérité de l'écriture militaire : la ligne de fond en haut. On annonce la destination, puis on déroule l'itinéraire.
flowchart TD
A["Message principal<br/>(la conclusion, en une phrase)"] --> B["Argument 1"]
A --> C["Argument 2"]
A --> D["Argument 3"]
B --> B1["Faits / exemples"]
C --> C1["Faits / exemples"]
D --> D1["Faits / exemples"]
Chaque niveau répond à la question « pourquoi ? » ou « comment ? » posée par le niveau supérieur. Avant de parler, demandez-vous : « Si je n'avais qu'une phrase, ce serait laquelle ? » C'est votre sommet de pyramide.
Respecter la mémoire de travail
L'auditeur ne dispose que d'une mémoire de travail très limitée. John Sweller a formalisé en 1988 la théorie de la charge cognitive : tout apprentissage consomme une ressource mentale rare. Il distingue trois charges.
| Charge | Origine | Ce qu'il faut en faire |
|---|---|---|
| Intrinsèque | Difficulté propre du sujet | L'accepter, mais la découper en morceaux |
| Extrinsèque | Façon de présenter (jargon, désordre, bruit) | La réduire au maximum : c'est du gaspillage |
| Pertinente (germane) | Effort utile pour comprendre et relier | La favoriser : c'est là que l'apprentissage se fait |
L'erreur classique de l'expert consiste à gonfler la charge extrinsèque (formulations alambiquées, abréviations, digressions) qui dévore la ressource censée servir à comprendre.
Découper : le pouvoir du chunking
En 1956, le psychologue George Miller publiait The Magical Number Seven, Plus or Minus Two : nous ne retenons qu'environ 7 éléments à la fois (les estimations récentes, comme celles de Nelson Cowan en 2001, parlent plutôt de 4). La parade s'appelle le chunking : regrouper l'information en blocs signifiants. Un numéro de téléphone se retient par groupes, pas chiffre par chiffre. Découpez votre explication en 3 idées maximum, chacune nommée clairement — l'auditeur retiendra la structure avant de retenir les détails.
À dire / à ne pas dire
- À ne pas dire : « Alors, pour comprendre il faut d'abord savoir que… puis… et donc, finalement, en conclusion… » (la conclusion arrive épuisée, à la fin)
- À dire : « En un mot : l'option B est la meilleure. Voici les trois raisons. » (sommet de pyramide, puis trois branches)
Exercice pratique
Prenez une explication que vous devez donner cette semaine (un e-mail, une présentation). Écrivez la conclusion en une seule phrase en haut d'une feuille. En dessous, listez au maximum trois arguments. Tout ce qui ne tient pas dans ce squelette est soit un détail de second rang, soit du bruit à supprimer.
Résumé
Structurer, c'est d'abord commencer par la conclusion (principe de la pyramide de Barbara Minto, logique BLUF) pour donner à l'auditeur un cadre où ranger la suite. C'est ensuite ménager sa mémoire de travail : la théorie de la charge cognitive de John Sweller invite à réduire la charge extrinsèque (présentation) pour préserver la charge utile à la compréhension. Enfin, le chunking — hérité du « nombre magique 7 ± 2 » de George Miller — recommande de regrouper en trois idées maximum. L'ordre précède les mots.