Les droits assertifs et l'état d'esprit
Avant les techniques, il y a l'état d'esprit. On ne peut pas s'affirmer durablement si l'on croit, au fond, qu'on n'en a pas le droit. C'est pourquoi Manuel J. Smith a formulé en 1975 une liste de droits assertifs — des permissions psychologiques que beaucoup de personnes passives s'interdisent inconsciemment.
Les droits assertifs fondamentaux
| Droit assertif | Croyance limitante qu'il remplace |
|---|---|
| J'ai le droit de dire non sans me justifier à l'excès | « Refuser, c'est égoïste » |
| J'ai le droit de changer d'avis | « Je dois rester cohérent quoi qu'il arrive » |
| J'ai le droit de faire des erreurs et d'en assumer | « Je dois être parfait » |
| J'ai le droit de dire « je ne sais pas » | « Je dois toujours avoir réponse à tout » |
| J'ai le droit d'exprimer mes sentiments | « Mes émotions dérangent » |
| J'ai le droit de demander ce dont j'ai besoin | « Demander, c'est s'imposer » |
| J'ai le droit d'être traité avec respect | « Je dois mériter le respect en m'effaçant » |
Ces droits s'accompagnent d'une contrepartie : les autres ont exactement les mêmes. L'assertivité n'est pas un permis d'imposer ; c'est la reconnaissance mutuelle de ces droits.
« Le but de l'affirmation de soi n'est pas de gagner, mais de rester un juge équitable de son propre comportement. » — Manuel J. Smith
Les pensées qui sabotent l'affirmation de soi
La passivité est souvent entretenue par des distorsions cognitives, bien décrites par la thérapie cognitivo-comportementale (Aaron Beck, Albert Ellis). Les plus fréquentes en matière d'assertivité :
- La lecture de pensée : « Si je refuse, il va me détester. » — On suppose la réaction de l'autre sans preuve.
- La catastrophisation : « Si je donne mon avis en réunion, ce sera un désastre. »
- Le devoir tyrannique : « Je dois être disponible pour tout le monde. »
- La personnalisation : « S'il est de mauvaise humeur, c'est forcément ma faute. »
Repérer ces pensées permet de les contester : quelle est la preuve réelle ? quel est le scénario le plus probable, pas le pire ?
Le rôle des émotions : la peur et la culpabilité
Deux émotions verrouillent l'affirmation de soi. La peur du conflit ou du rejet, et la culpabilité après avoir posé une limite. Le titre même du livre de Smith — Quand je dis non, je culpabilise — pointe ce mécanisme. La clé n'est pas d'éliminer ces émotions, mais de les ressentir sans leur obéir : agir de façon assertive malgré l'inconfort. Avec la répétition, l'inconfort diminue (c'est le principe d'habituation en psychologie comportementale).
flowchart LR
A[Croyance limitante] --> B[Émotion :<br/>peur / culpabilité]
B --> C[Comportement passif]
C --> D[Confirmation :<br/>« je ne compte pas »]
D --> A
C -.rompre le cycle.-> E[Agir assertivement<br/>malgré l'inconfort]
E --> F[Nouvelle preuve :<br/>« je peux le faire »]
À dire / à ne pas dire (à soi-même)
Le travail commence dans le dialogue intérieur :
- À ne pas se dire : « Je n'ai pas le droit de déranger. » / « Si je refuse, je suis un mauvais collègue. »
- À se dire : « Ma demande est légitime, même si la réponse peut être non. » / « Poser une limite ne fait pas de moi quelqu'un d'égoïste. »
Exercice pratique
Relisez la liste des droits assertifs. Notez les deux que vous vous accordez le moins facilement. Pour chacun, écrivez la croyance limitante associée, puis une phrase de contestation factuelle. Affichez-les là où vous les verrez avant une situation difficile.
Résumé
L'affirmation de soi repose d'abord sur un état d'esprit : les droits assertifs formulés par Manuel Smith, valables aussi pour autrui. Les comportements passifs sont entretenus par des distorsions cognitives et par la peur et la culpabilité. La clé est d'agir assertivement malgré l'inconfort, ce qui, par habituation, finit par le réduire et fournit de nouvelles preuves de capacité.