Comprendre l'assertivité
L'assertivité est la capacité à exprimer ses opinions, ses besoins et ses limites de façon claire et directe, tout en respectant ceux des autres. Le mot vient de l'anglais assertiveness (de to assert : affirmer). Le concept naît dans les années 1940-1950 avec le psychologue Andrew Salter (Conditioned Reflex Therapy, 1949), puis est popularisé par Joseph Wolpe, qui emploie le terme « comportement affirmé » dans ses travaux sur l'anxiété.
L'assertivité n'est ni de la froideur, ni de l'agressivité polie : c'est un équilibre entre le respect de soi et le respect de l'autre. Une personne assertive défend son point de vue sans attaquer, et écoute celui de l'autre sans s'effacer.
« Vous avez le droit d'exprimer vos sentiments, vos opinions et vos besoins — et d'en assumer la responsabilité. » — principe central de l'affirmation de soi, formulé par Manuel J. Smith (When I Say No, I Feel Guilty, 1975).
Les quatre styles de communication
Face à une tension, nous adoptons spontanément l'un de quatre styles. Les reconnaître est la première étape pour choisir consciemment l'assertivité.
| Style | Posture | Devise implicite | Effet à long terme |
|---|---|---|---|
| Passif | Je m'efface, je cède | « Tes besoins comptent, pas les miens » | Frustration, perte d'estime de soi |
| Agressif | J'impose, je domine | « Mes besoins comptent, pas les tiens » | Conflits, isolement |
| Passif-agressif | Je résiste en douce | « Je dis oui mais je sabote » | Méfiance, ambiguïté |
| Assertif | J'exprime et j'écoute | « Tes besoins ET les miens comptent » | Confiance, relations durables |
Le style passif évite le conflit immédiat mais accumule du ressentiment. Le style agressif obtient parfois gain de cause à court terme mais détruit la relation. Le style passif-agressif — ironie, retard volontaire, « oui » suivi d'un non factuel — est le plus toxique car il masque le désaccord. Seul le style assertif est durable.
quadrantChart
title Les styles selon le respect de soi et de l'autre
x-axis "Faible respect de l'autre" --> "Fort respect de l'autre"
y-axis "Faible respect de soi" --> "Fort respect de soi"
quadrant-1 "Assertif"
quadrant-2 "Agressif"
quadrant-3 "Passif-agressif"
quadrant-4 "Passif"
À dire / à ne pas dire
Situation : un collègue vous demande encore de finir son rapport à votre place.
- Passif : « Euh… d'accord, je vais essayer de trouver le temps. » (puis ressentiment)
- Agressif : « Tu te débrouilles, ce n'est pas mon problème, tu n'as qu'à t'organiser. »
- Passif-agressif : « Oui, oui, pas de souci… » (puis le rapport n'est jamais fait)
- Assertif : « Je comprends que tu sois sous pression. Là, je ne peux pas prendre ton rapport en plus du mien. Je peux te montrer comment j'ai structuré le mien si ça t'aide. »
La version assertive dit non à la demande sans dire non à la personne : elle reconnaît l'autre, pose une limite claire et propose une alternative.
Assertivité et estime de soi : un cercle vertueux
L'assertivité n'est pas qu'une technique de communication ; elle est liée à l'estime de soi. Chaque fois que l'on s'affirme avec respect, on envoie à son propre cerveau le message « mes besoins sont légitimes », ce qui renforce la confiance. Inversement, chaque effacement passif confirme la croyance « je ne compte pas ». S'entraîner à l'assertivité agit donc à la fois sur la relation et sur le rapport à soi.
Un comportement, pas un trait de personnalité
Point essentiel : l'assertivité est un comportement situationnel, pas un trait figé. On peut être assertif au travail et passif en famille, ou l'inverse. Personne n'est « assertif » à 100 % en permanence. Cela change tout : puisqu'il s'agit d'un comportement, il s'apprend et se travaille, contexte par contexte.
Exercice pratique
Repensez à trois situations récentes où vous n'avez pas exprimé ce que vous pensiez. Pour chacune, identifiez le style adopté (passif, agressif, passif-agressif) et écrivez ce qu'aurait pu être une réponse assertive. Notez l'émotion ressentie après coup dans chaque cas.
Résumé
L'assertivité est la capacité à s'exprimer avec respect pour soi et pour l'autre, à distinguer des styles passif, agressif et passif-agressif. Théorisée par Salter et Wolpe, popularisée par Manuel Smith, elle constitue un comportement situationnel qui s'apprend, et entretient un cercle vertueux avec l'estime de soi.